Noam Chomsky, sur Israël et l’Iran, Israël et la Palestine, l’activisme universitaire, la drogue en Amérique

 {} {} {} {} Voici une interview récente de Noam Chomsky par un étudiant en psychologie et en linguistique de l’Université de Californie Davis (UC Davis), université mémorable pour le gazage à bout portant des étudiants protestataires de Occupy, par la police sur le campus, l’an passé. Dans cette publication de CounterPunch le 27 septembre, Noam Chomsky répond sur la possibilité de la guerre contre l’Iran, sur la question de la Palestine, sur l’activisme universitaire (la mobilisation sur les campus), et dans ce tour d’horizon des questions de son interlocuteur, il conclut sur « La Caravane de la Paix », en marche autant contre la narco-violence que contre la violence de sa répression [1] : thème qu’il avait déjà abordé à plusieurs reprises depuis son article du 8 mai 2012 pour Nation of Change (The New York Times), sur la Rencontre hémisphérique des Amériques à Carthagène, en Colombie, quand elles venaient de se conclure, sur fond de scandale des services de sécurité du Président Obama (14-15 avril) ; la traduction de ce premier article a été publiée le 4 juin dans La RdR [2].  
 {} {} {} {} Sur la Palestine, le point de vue de Noam Chomsky concernant deux États, conformément aux Accords d’Oslo, n’est plus partagé par la majorité des activistes, palestiniens et israéliens, ou juifs de la diaspora soutenant la cause palestinienne, considérant que le développement de la colonisation d’une part et le désastre écologique de la bande de Gaza après Plomb Durci d’autre part, et enfin la feuille de route pour parvenir à la création d’un État palestinien indépendant demeurant sous l’autorité exécutive d’Israël, juge et partie guerrière, en prescriraient le sens territorial, et sans doute la pertinence éthique, et probablement la possibilité de sa réalisation. L’hypothèse d’un seul État démocratique pour tous, au début proposée par un groupe d’activistes laïques communistes palestiniens et israéliens, et considérée comme utopique, paraît avoir gagné concrètement du terrain par la force des choses, aujourd’hui. (L.D.)

Une interview de Noam Chomsky par Ricardo Lezama

RICARDO LEZAMA : Avez-vous entendu parler de la campagne du groupe Stand With Us [ Restez Avec Nous ] ?

NOAM CHOMSKY : Non. Dites-moi de quoi il s’agit.

LEZAMA : C’est un groupe qui diffuse sur les campus une propagande favorable aux Forces de Défense d’Israël.

CHOMSKY : Je n’ai jamais entendu parler d’eux.

LEZAMA : C’était juste pour voir si leur campagne était importante — ça doit concerner principalement la côte Ouest et de Mid-Ouest. Pendant que nous y sommes : à quel genre de répression les palestiniens américains sont-ils confrontés aux États-Unis ?

CHOMSKY : En Amérique, la chose certaine est que tous les musulmans sont soumis à une sorte d’islamophobie. C’est endémique aux États-Unis, et cela va des personnes arrêtées dans les aéroports, à celles tracées par le FBI, jusqu’aux problèmes dans les collèges et ailleurs. Les palestiniens, bien sûr, en reçoivent leur part, et davantage dans le passé qu’aujourd’hui concernant les chercheurs palestiniens dans les universités. Par exemple, on s’est efforcé de les diffamer comme terroristes anti-israéliens. En même temps, c’est le genre de répression familière des groupes ethniques en disgrâce auprès du gouvernement américain. J’ai beaucoup d’amis palestiniens qui distinguent parfaitement cela.

LEZAMA : Ce n’est pas hors norme ?

CHOMSKY : Ce n’est pas hors norme, ça pourrait l’être mais non, si vous êtes un mexicain américain en Arizona et si vous êtes contraint de vous arrêter, la police peut déclarer que vous avez enfreint quelque chose, fondamentalement.

LEZAMA  : D’accord. C’est qu’en mars 2012 l’armée de l’air israélienne a bombardé la bande de Gaza, et je pensais que cela avait été une période particulièrement difficile pour les Palestiniens. J’espérais que vous pourriez nous donner un bref aperçu de ce qui s’était passé ?

CHOMSKY : Eh bien, revenons un peu à Juin 2008, quand le cessez-le feu fut conclu entre Israël et le Hamas (la force dominante dans la bande de Gaza). Juste après le cessez le feu, il n’y a pas eu un seul missile tiré par le Hamas contre Israël. Les missiles ne vont pas très loin. Ce sont des missiles en quelque sorte faits maison.

LEZAMA : Ils n’arrivent même jamais à Tel Aviv.

CHOMSKY : Les lancements de missiles par le Hamas se sont complètement arrêtés pendant cette période, même si Israël ne respectait pas le cessez-le feu. Une partie de la trêve incluait qu’Israël dût arrêter le siège. Pourtant, pas de missiles du Hamas. Vous pouvez le lire sur le site officiel du gouvernement israélien. En Novembre 2008, le jour de l’élection présidentielle, les forces militaires israéliennes ont envahi Gaza et tué une demi-douzaine de militants du Hamas. Ainsi, suivit un échange de missiles dans les deux sens pendant une quinzaine de jours. Comme toujours, toutes les victimes furent des palestiniens, en fait il y avait des missiles du Hamas, mais suivis de réponses beaucoup plus lourdes et sanglantes par Israël. Cela nous mène à la mi-Décembre 2008. À ce moment là, le Hamas a offert de renouveler le cessez-le feu. Israël a considéré l’offre, il l’a rejetée, décidant plutôt d’attaquer et d’envahir Gaza. Ce fut l’Opération Plomb Durci, qui débuta le 27 Décembre 2008. Elle fut brutale et meurtrière.

Il y a un très bon rapport sur l’Opération Plomb Durci par des participants indépendants. Par exemple, un couple de médecins norvégiens qui travaillait à l’hôpital de Gaza pendant l’attaque. C’est-à-dire qu’ils l’ont précisément qualifiée d’infanticide. L’armée israélienne a tué beaucoup d’enfants, attaqué des ambulances, commettant toutes sortes d’atrocités. Ils [ces médecins] ont écrit un compte rendu très clair et dramatique sur ce que fut l’invasion. L’armée israélienne doit avoir tué 1500 personnes. Il y a eu un effort du Conseil de sécurité pour appeler au cessez-le feu au début de Janvier, mais les États-Unis l’ont bloqué — ce qui n’a pas permis de le faire aboutir. C’était très soigneusement planifié. Cela s’est terminé juste avant l’investiture d’Obama, le but étant de protéger Obama d’avoir à dire quoi que ce soit de critique sur le sujet. Il fut interrogé sur la question avant d’être élu et dit : « Je ne peux pas faire de commentaire sur ce point, je ne suis pas président ». Il a commencé quelques jours avant l’élection, et cela s’est arrêté avant l’inauguration. Quand après l’élection il a été interrogé sur ce point, Obama a adopté la position que nous ne devions pas regarder en arrière, mais devions aller de l’avant. Il n’y a pas eu de punition pour ceux qui étaient impliqués, or il s’agissait d’une agression criminelle sur ​​une population réellement sans défense [3]. Ce fut l’une des attaques les plus brutales de ces dernières années [ cette opération Plomb durci ]. Il n’y avait aucun prétexte à cela. Ils prétendent que c’était pour protéger la population contre les missiles du Hamas [4], mais le moyen facile de le faire aurait été simplement de renouveler le cessez-le feu.

LEZAMA : C’est un point intéressant concernant le moment des attaques. À l’heure actuelle, nous avons à choisir entre un candidat vraiment mauvais, et Romney. On dirait que le gouvernement israélien profite de l’offre de l’administration Obama pour sa re-élection. Israël parle beaucoup d’attaquer l’Iran, et essaye de mobiliser le soutien pour ça aux États-Unis. Ces genres de choses ont tendance à avoir des conséquences pour la Palestine ; qu’est-ce qui va arriver en Palestine ? Je pense qu’Israël est en train de bluffer et de chercher quelque chose d’autre.

CHOMSKY : Bon, lsraël est un État assez dingue. Mon soupçon est qu’ils essaient de créer les circonstances dans lesquelles les États-Unis attaqueront l’Iran — ils ne veulent pas le faire eux-mêmes.

LEZAMA : Ils veulent créer une justification ?

CHOMSKY : Je ne serais pas surpris s’ils organisaient une sorte d’incident dans le golfe Persique, ce ne serait pas difficile. Vous et moi pouvons le faire. Le golfe Persique est bordé de missiles de la Marine des États-Unis, porte-avions, destroyers, et ainsi de suite. Un tout petit incident, un esquif, ou un bateau se cognant dans un porte-avions pourraient conduire à une réponse vicieuse.

En fait, nous devons garder à l’esprit que les États-Unis sont déjà en guerre avec l’Iran eu égard aux normes du Pentagone. Les assassinats — ce qui est du terrorisme — la cyberguerre, la guerre économique, tout cela si on nous l’inflige est considéré par les États-Unis comme des actes de guerre, mais pas si nous l’infligeons aux autres. Ainsi, selon nos normes, nous sommes déjà en train d’attaquer l’Iran. La question est de savoir comment nous allons nous y prendre pour aller beaucoup plus loin. C’est un aspect important qui n’est jamais discuté aux États-Unis. Vous n’avez jamais lu à ce sujet. J’écris à ce propos, et deux ou trois autres personnes peut-être, autrement vous n’avez rien lu à ce sujet. Il existe une solution à cela assez simple, une solution diplomatique. À savoir évoluer vers l’établissement d’une zone franche sans armement nucléaire dans la région. Ce qui est fortement soutenu potentiellement par le monde entier. Les États-Unis ont bloqué la solution depuis des années. Toutefois, la pression est si forte que Barack Obama a été contraint de l’accepter dans son principe, mais il déclara qu’Israël était exonérée. Eh bien, c’est une blague. Israël a cent armes nucléaires, effectue des agressions, est un État ​​violent, refuse d’autoriser des inspections, et ainsi de suite. À dire qu’Israël doive être dispensé, alors, on tue la perspective d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient. Cette situation va passer au sommet de l’ordre du jour en Décembre. Il y aura une conférence internationale sur une zone d’exemption des armes nucléaires au Moyen-Orient, Israël vient d’annoncer qu’il refusait d’y participer.

LEZAMA : Les États-Unis vont-ils participer ?

CHOMSKY : Tout dépend toujours de ce que les États-Unis vont faire. Jusqu’à présent, il n’y a rien d’officiel. Jusqu’à présent, Obama a dit « oui, nous sommes en faveur de cela, mais Israël doit en être exclue ». Essentiellement cette exception tue la possibilité d’une zone d’exemption des armes nucléaires. Si quelqu’un pense que l’Iran est une menace, ce dont je pense que c’est à peu près fabriqué, mais si vous y croyez, c’est justement le chemin à prendre : d’imposer une zone libre de tout armement nucléaire.

Évidemment, cela signifierait qu’Israël doive rejoindre le Traité de non-prolifération. Les États-Unis doivent arrêter de protéger le développement israélien des armes nucléaires. C’est requis pour mettre fin à quoique vous pensiez de la menace de l’Iran. Il y a une approche diplomatique directe. Comme d’habitude, les mass-média écrasent cette information. Je ne pense pas qu’ils aient même signalé le fait qu’Israël ait annoncé son retrait. On l’a annoncé dans la presse israélienne, tous sont au courant.

LEZAMA : En supposant que les États-Unis n’aillent pas vers une guerre totale, les troupes au sol, des frappes aériennes, et ainsi de suite, en supposant qu’il n’arrivera pas ce que souhaite Israël.

CHOMSKY : Je ne pense pas que les forces terrestres soient attendues — attendues, ou voulues.

LEZAMA : Des attaques aériennes ?

CHOMSKY : Un missile majeur et un assaut aérien. Israël pourrait le faire aussi. Israël a des sous-marins, qu’ils ont reçu de…

LEZAMA : l’Allemagne…

CHOMSKY : … qui peuvent porter des missiles équipés d’ogives nucléaires. Je suis quasiment certain qu’ils sont déployés dans le golfe. Ainsi, ils peuvent effectuer une attaque de missile s’ils le veulent.

LEZAMA : Pourquoi ne le font-ils pas eux-mêmes ?

CHOMSKY : Ils ont peur que ce soit trop coûteux. Une chose est certaine, le monde serait furieux. Tout le monde est déjà furieux contre Israël. Même en Europe, Israël est considéré comme l’État le plus dangereux du monde, et il devient un État paria. Bien sûr, dans le tiers monde, dans le monde arabe et musulman, cet État est très craint et détesté. Une attaque contre l’Iran pourrait les transformer en Afrique du Sud — peut-être qu’ils ne s’en soucient pas. Ils préfèrent disposer des États-Unis pour le faire.

LEZAMA : Il y aura toujours des conséquences pour les Palestiniens, qu’une attaque à plus grande échelle sur l’Iran se produise ou pas.

CHOMSKY : Les Palestiniens sont maintenant dans un état abominable. Il y a un règlement politique, qui est convenu par le monde entier, par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Cour internationale de justice, la Cour de justice mondiale, chacun, à savoir la solution de deux États. Une solution franche, directe.

LEZAMA : Juste se conformer à la solution des deux États et le conflit est éliminé ? Qu’en est-il de l’idée que Gaza et la Cisjordanie soient contiguës ?

CHOMSKY : C’est nécessaire !

LEZAMA : D’accord.

CHOMSKY : Cela fait partie des accords d’Oslo. L’accord d’Oslo stipule explicitement que la Cisjordanie et le territoire de Gaza sont un seul territoire. Depuis qu’ils ont signé les accords d’Oslo, les États-Unis et Israël se sont consacrés à les saper. Les États-Unis peuvent violer la loi librement mais ce n’est jamais dénoncé. Tous les autres sont trop faibles pour faire quelque chose sur ce point. Les États-Unis sont simplement un état dévoyé.

LEZAMA : Que pourraient faire en réponse les gens aux États-Unis ?

CHOMSKY : Ils devraient casser les barrières doctrinales générales et médiatiques pour arriver à savoir ce qui se passe. Ils devraient aider les gens à en apprendre. Je n’ai pas de sources d’information secrètes. Tout ce que j’ai dit est de la connaissance publique, mais ce n’est pas connu par tout le monde. Le problème est l’auto-censure ; les médias n’en rapportent quasiment rien et rarement le peu. Il y a juste une énorme quantité de propagande et d’endoctrinement, donc les gens ne savent pas ce qui se passe. Ce n’est pas le seul cas, mais celui-ci est important. Tout ce que je viens de mentionner est dressé sur le rapport public [ le rapport des médecins norvégiens ]. Ce que les activistes doivent faire est de le mettre en bonne place auprès de l’attention du public.

LEZAMA : Je pense que cela a été fait sur les campus universitaires en Californie et ailleurs. C’est un bon moyen de contourner les médias, mais la tendance des administrateurs est de commencer à faire payer l’usage de ces espaces. Ils coûtent particulièrement pour les organisations minoritaires. (Par exemple, l’UC Davis facture maintenant l’utilisation des bâtiments).

CHOMSKY : Je sais, et j’ai suivi cela. C’est vrai, et j’en ai parlé dans les universités de Californie. Il y a plein d’activisme. En fait, les choses ont beaucoup changé au cours des quatre ou cinq dernières années. Juste pour l’illustrer, un retour en arrière à UCLA en 1985, j’avais été invité à donner des conférences en philosophie. J’avais dit « bien sûr », mais le lendemain j’avais reçu un appel de la police du campus pour me demander s’ils pouvait y avoir des policiers en uniforme pour m’accompagner partout où j’allais aller. J’avais dit « non ». Le lendemain, j’avais vu que la police me suivait partout où j’allais. Ils ne sont pas difficiles à détecter dans un séminaire de philosophie… Je ne pouvais pas marcher du club de la faculté vers d’autres parties du campus. La raison était qu’ils avaient trouvé un grand nombre de menaces de mort. Ils ne voulaient pas que quelqu’un fût tué sur le campus. J’avais donné ma conférence au Royce Hall, la grande salle du campus, sauf que c’était aussi la sécurité des aéroports. Une seule entrée, car le sac de tout le monde devait être vérifié. Le lendemain, il y avait eu une énorme charge dans le Daily Bruin [5]. Tout d’abord, il s’agissait d’une charge énorme contre moi, mais aussi contre le professeur qui m’avait invité. En fait, il y avait une pression pour résilier le mandat du professeur qui m’avait invité. Ce fut repoussé, mais ils essayèrent. Eh bien, c’était en 1985. Je suis revenu à UCLA il y a environ un an. Il y avait une foule immense, très favorable, difficile d’obtenir un mot de critique sur ce que je disais. C’est un changement énorme. Tout a changé en raison de l’activisme étudiant. C’est le genre de chose que vous m’avez demandé, vous savez, « qu’est-ce que les gens doivent faire ? ».

LEZAMA : Diriez-vous que l’état du pays se reflète sur les campus ? Donc, si vous obtenez des réponses négatives sur un campus, vous obtiendrez le même genre de chose dans les centres de documentation professionnels ?

CHOMSKY : C’est la même chose. Ouais, je peux parler dans des réunions publiques, des bibliothèques spécialisées, etc. L’ambiance générale a simplement énormément changé. Même dans ma propre université, au MIT, si je donnais une conférence sur Israël-Palestine, jusqu’à il y a peut-être 10 ans, je devais avoir une protection policière. Maintenant, c’est inconnu. Il y a vraiment un gros changement. La même chose est vraie dans la ville où j’habite, à Lexington, MA.

LEZAMA : C’est étrange parce que l’on pourrait attendre la réponse exactement opposée du public. Il suffit de considérer l’énorme propagande connexe sur le 11 Septembre.

CHOMSKY : Oui, la propagande n’est pas aussi efficace qu’elle l’était. C’est exactement pourquoi ce groupe de soutien à l’armée israélienne (Stand With Us) doit faire le tour des campus, pour essayer de contrer le soutien à la Palestine. Il cherche à retourner le changement général des attitudes.

LEZAMA : On dirait que ce groupe pour la force armée israélienne était assez fort pour avoir obtenu une réponse favorable de la part des dirigeants universitaires. Avez-vous entendu les déclarations de Yudof [6], concernant l’antisémitisme ? C’était complètement faux, mais il sentait qu’il pouvait le dire.

CHOMSKY : C’est le conseil d’administration, ou celui qui dirige l’endroit. Mais l’ambiance réelle sur le campus, je suis sûr, est tout à fait différente.

LEZAMA : Que pouvons-nous faire avec ces gens ? Même dans le climat, de toutes les choses qui deviennent positives pour les étudiants, il y a les hausses des frais de scolarité, les policiers hostiles, etc… Il y a tellement de choses qui se passent sur ​​ces campus.

CHOMSKY : Ouais, mais c’est vrai pour toute chose. C’est également vrai concernant la campagne pour les droits civils, le mouvement antimilitariste, et cætera. Vous n’allez pas obtenir l’assistance des autorités !

LEZAMA : Cela impliquerait-il alors que la législation dans les collèges de Californie requérant les mesures autoritaires contre tout discours anti-sémitique sur le campus soit annulée par l’activisme des étudiants ?

CHOMSKY : Ouais, l’activisme change les choses.

LEZAMA : Ok, ok.

CHOMSKY : Cela s’est produit dans de nombreux cas. C’est ainsi que l’activisme fonctionne. Prenez le mouvement féministe, au milieu des années 1960, ces féministes étaient ridiculisées, les gens les appelaient « nazi-femelle » et toutes sortes de choses, mais finalement elles ont percé à bien des égards.

LEZAMA : Que pensez-vous de la Caravane pour la Paix ?

CHOMSKY : Je pense que c’est important. J’ai rencontré Sicilia [7]. il y a quelques mois, c’est un gars impressionnant. Tout dépend du nombre de personnes atteintes par le message. Vous ne pouvez pas compter sur les mass-médias, mais sur d’autres médias vous pouvez. En fait, à travers l’Amérique latine, il y a un effort majeur visant à décriminaliser la marijuana, peut-être plus, mais, au moins, la marijuana. En Uruguay, ils mettent en place la production d’État de la marijuana. Dans la plupart de l’hémisphère, il y a un effort important pour la décriminaliser. En fait, aux réunions de Carthagène, les réunions hémisphériques qui se sont tenues il y a deux ou trois mois, les États-Unis et le Canada ont été totalement isolés sur cette question. Tout le monde voulait aller dans cette direction. Les États-Unis et le Canada ont refusé. En réalité, j’avais supposé que si jamais il y avait des réunions hémisphériques, les États-Unis n’y seraient pas présents. Les États-Unis ont perdu l’Amérique latine sur un grand nombre de questions. La raison est assez évidente : ce sont leurs victimes ! Les États-Unis sont responsables de la demande et de l’offre, en matière de fourniture des armes puisque les armes proviennent des États-Unis. Ce qui est déplorable et qui a mis le Mexique en lambeaux ce sont des armes qui viennent du Texas et de l’Arizona. Ils sont aux deux bouts des choses : les États-Unis créent la demande et fournissent l’approvisionnement des armes. La Colombie, le Guatemala, le Honduras, et bien sûr le Mexique, où il y a un désastre : ce sont eux qui sont massacrés et démolis tout au long de l’hémisphère. Naturellement, ils veulent s’en sortir, et les États-Unis ne veulent pas le faire. La Caravane pourrait être un moyen d’éduquer les Américains à ce sujet.

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[/Noam Chomsky, Ricardo Lazema

Traduction rapide : Louise Desrenards
d’après l’article source © CounterPunch./]

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 Ricardo Lazema est étudiant à l’Université de Californie Davis, en psychologie et en linguistique.

Autre interview de Noam Chomsky par Ricardo Azema, en février 20122, dans Z Magazine : Chomsky on U.S. in Mexico, An interview with Noam Chomsky, By Ricardo Lezama ; où il est également question de l’Iran (entre autre), précis, et sur laquelle s’installe cette nouvelle Interview.

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 Les derniers livres de Noam Chomsky sont Occupy (Zuccotti Park Press) et Making the Future : Occupations, interventions, Empire et Résistance (City Lights Publishers).

P.-S.

Le logo est une capture d’écran d’une émission de télévision extraite du dernier article sur Israël et l’Iran publié dans The Guardian, le 30 septembre 2012 :
Iranian economy on verge of collapse, says Israel.

Pour information (en anglais) :
Mexican Poet, Activist Javier Sicilia Brings Peace Caravan into U.S. to Condemn Deadly Drug War – source Democracy Now ! (Aug. 16) :

Notes

[1] « La Caravane de la Paix » a été initiée le 12 août 2012 par le poète mexicain Javier Sicilia, dont le fils a été assassiné il y a un an, dans le cadre de la guerre de la drogue lancée par le président Calderon contre les cartels, et qui déchire le Mexique depuis six ans : 60 000 morts et 10 000 disparus. La caravane est partie de Tijuana pour traverser les États-Unis jusqu’à Washington, afin d’en réclamer auprès des représentants de l’État américain, pays considéré en l’état de cause dialectique de la généralisation de la criminalité qui caractérise la situation mexicaine actuelle, et des profits qu’elle génère : offre et demande de la drogue et des armes, demande contradictoire de répression par le gouvernement américain auprès du gouvernement mexicain, et blanchiment d’argent. (voir l’article au jour J dans le site de RFI : Mexique : une « Caravane de la paix » contre la violence du narcotrafic).

[2] Noam Chomsky : La guerre des États-Unis sur l’Amérique latineop.cit.

[3] C’est l’objet du Tribunal Russell sur la Palestine, fondé en mars 2009, de réclamer justice contre l’impunité pour les crimes de guerre cadrant Israël dans l’opération Plomb Durci. Noam Chomsky est membre du comité de soutien international de cette organisation. La quatrième réunion aura lieu les 6-7 octobre 2012 à New York (voir le blog en français annonçant la rencontre).

[4] Il existait plusieurs sources de lancement de missiles « domestiques » depuis Gaza, dont les Brigades des Martyrs d’Al Aqsa qui ne sont pas fédérées par le Hamas mais par l’OLP.

[5] Le Daily Bruin est l’organe de presse traditionnel (depuis 1919) des étudiants de UCLA (Université de Californie Los Angeles).

[6] Mark G. Yudof (né le 30 Octobre 1944) est un professeur de droit et un administrateur des universités. Il préside l’ensemble de l’Université de Californie (depuis 2008), est un ancien chancelier de l’Université de Texas System (2002-2008), et ancien président de l’Université du Minnesota (1997-2002) – Source en.wikipedia.

[7] Javier Sicilia, poète et essayiste mexicain, initiateur de la Caravane de la Paix. ibid.. Voir l’article éponyme de l’auteur dans wikipédia.

Noam Chomsky Interview

SEPTEMBER 27, 2012

An Interview With Noam Chomsky

by RICARDO LEZAMAFacebookTwitterRedditEmail

Noam Chomsky’s latest books are Occupy (Zuccotti Park Press) and Making the Future: Occupations, Interventions, Empire and Resistance(City Lights Publishers).

RICARDO LEZAMA: Have you heard about the Stand With Us group/campaign?

NOAM CHOMSKY: No. Tell me about it.

LEZAMA: They are a group that spread favorable propaganda regarding the IDF on different campuses.

CHOMSKY: Never heard of them.

LEZAMA: Just trying to see how prominent their campaign was – must be a West Coast/Midwest thing. Moving on, What kind of repression do Palestinian Americans face in the U.S.?

CHOMSKY: In America, for one thing, all Muslims are subjected to a kind of Islamaphobia. That is endemic to the United States, and ranges from being detained in the airport, being followed by the FBI, problems at colleges, and elsewhere. Palestinians, of course, are a part of that, and there has been more in the past than today for Palestinian scholars in universities. For example, there have been efforts to defame them as anti-Israeli terrorists. However, it is the kind of repression that is familiar to ethnic groups out of favor with the U.S. government. I have plenty of Palestinian friends who make out fine.

LEZAMA: It is not off the charts?

CHOMSKY: It is not off the charts, it shouldn’t be there, but yeah, if you’re a Mexican American in Arizona and you get pulled over, the police can claim you’re doing anything, basically.

LEZAMA: Ok. Well, in March 2012, the Israeli Air Force bombed the Gaza strip. I thought this was a particularly harsh period for Palestinians. I was hoping you could give us a brief overview of what happened?

CHOMSKY: Well, just to go back a bit to June 2008, when a ceasefire was reached between Israel and Hamas, the dominant force in the Gaza strip. Right after the ceasefire there were no missiles at all fired by Hamas at Israel. The missiles don’t amount to much. They are kind of home-made missiles.

LEZAMA: They never even make it to Tel Aviv.

CHOMSKY: The missile launches from Hamas stopped altogether during that period, even though Israel didn’t observe the ceasefire. Part of the ceasefire was that Israel was supposed to stop the siege. Still, no Hamas missiles. You can read that on the official Israeli government website. In November 2008, the day of the presidential election, Israeli military forces invaded Gaza and killed half a dozen Hamas militants. Well, that was followed by a missile exchange for a couple of weeks in both directions. Like always, all the casualties were Palestinian but there were some Hamas missiles, followed by a much heavier, far bloodier response from Israel. This leads us to mid-December 2008. At that point, Hamas offered to renew the ceasefire. Israel considered the offer, rejected it and decided instead to invade and attack Gaza. That is Operation Cast Lead, which started on December 27, 2008. It was brutal and murderous.

There is a very good account of Operation Cast Lead by independent participants. For example, there were a couple of Norwegian doctors working at the Gaza hospital through the attack. I mean, they just called it infanticide. The IDF killed a lot of children, were attacking ambulances, committing all kinds of atrocities. [These doctors], they wrote a very graphic and dramatic account of what the invasion was like. The Israeli military must have killed 1500 people. There was a UN Security Council effort to call a ceasefire early in January, but the U.S. blocked it – it wouldn’t allow it. It was very carefully planned. It ended right before Obama’s inauguration. The point of that was to protect Obama from having to say anything critical about it. He was asked about it before he was elected and said ‘I can’t comment on that, I am not president’. It started a few days before the election, and ended before the inauguration. When he was asked about it after the election, Obama took the position that we shouldn’t look backwards but should move forwards. There was no punishment for those involved, and, it was a really criminal assault on a completely defenseless population. It was one of the most brutal attacks in recent years – that’s Operation Caste Lead. There is no pretext for it. They claim it was to protect the population from Hamas missile, but an easy way to do that would have been just to renew the ceasefire.

LEZAMA: That’s an interesting point regarding the timing of the attacks. Right now, we have to pick between one really bad candidate, and Romney. It seems like the Israeli government is taking advantage of the Obama administration’s bid for re-election. Israel is talking a lot about attacking Iran, and trying to mobilize support for it in the U.S. These kinds of things tend to have consequences for Palestine; what will happen in Palestine? I think Israel is bluffing, and looking for something else.

CHOMSKY: Well, Israel is a pretty crazy state. My suspicion is that they are trying to create the circumstances under which the U.S. will attack Iran – they don’t want to do it themselves.

LEZAMA: They want to set up a rationale?

CHOMSKY: I would not be surprised if they staged some kind of an incident in the Persian Gulf, which would not be hard. You and I can do it. The Persian Gulf is lined with U.S. Naval missiles, aircraft carriers, destroyers, and so on. Any small incident, a skiff, or, a boat bumping into an aircraft carrier could lead to a vicious response.

Actually, we should bear in mind that the United States is already at war with Iran by Pentagon standards. The assassinations – which is terrorism – the cyberwar, the economic warfare, are all considered by the United States as acts of war if they are done to us, but not if we do it to them. So, by our standards, we are already attacking Iran. The question is how much further we will take it. An important aspect of this never discussed in the United States. You never read about it. I write about it, maybe two or three other people, but you never read about it. There is a pretty straightforward solution to this, a diplomatic solution. Namely, move towards establishing a nuclear weapons free-zone in the region. That is strongly supported by virtually the entire world. The U.S. has been blocking the solution for years. However, support for it is so strong that Obama was forced to agree to it in principle, but stated that Israel has to be excluded. Well, that is a joke. Israel has hundred of nuclear weapons, carries out aggression, is a violent state, refuses to allow inspections, and so on. To say that Israel has to be exempted, then, kills the prospect of a nuclear-weapons free zone in the Middle East. This situation is coming to a head in December. There is to be an international conference on a nuclear weapons free-zone in the Middle East; Israel just announced that it is refusing to participate.

LEZAMA: Will the U.S. participate?

CHOMSKY: Everything always depends on what the U.S. is going to do. So far, there is nothing official. Up until now, Obama has said ‘yes, we are in favor of it, but Israel has to be excluded’. That exception essentially kills the possibility of a nuclear weapons free-zone. If anybody believes Iran is a threat, which I think is pretty much fabricated, but if you believe it, this is the way to do it: impose a nuclear-weapons free-zone.

Of course, that would mean Israel has to join the Non-Proliferation Treaty. The U.S. has to stop protecting the Israeli development of nuclear weapons. That is what is required to end whatever you think the threat of Iran is. There is a straightforward diplomatic approach. As usual, the media is supressing this information. I don’t think they even reported the fact that Israel announced its withdrawal. It was announced on the Israeli press. They all know about it.

LEZAMA: Assuming that the U.S. does not go into all out war, ground troops, airstrikes, and so on, assuming that doesn’t happen, which is what the Israeli’s want.

CHOMSKY: I don’t’ think they expect ground troops, they expect, or, want.

LEZAMA: Airstrikes?

CHOMSKY: A major missile and aerial assault. Israel could do it too. Israel has submarines, which they received from…

LEZAMA: …Germany.

CHOMSKY: …which can carry nuclear tipped missiles. I’m pretty sure they are deployed in the gulf. So, if they want, they can carry out a missile attack.

LEZAMA: Why don’t they do it themselves?

CHOMSKY: They are afraid it would be too costly. For one thing, the world would be furious. Everybody is already furious at Israel. Even in Europe, it is regarded as the most dangerous state in the world, and it is becoming a pariah state. Of course, in the third world, in the Arab and Muslim world it is very much feared and hated. An attack on Iran – maybe they don’t care – could turn them into South Africa. They would rather have the United States do it.

LEZAMA: Whether a larger scale attack on Iran happens or not, there will still be consequences for the Palestinians.

CHOMSKY: The Palestinians are in a dire state now. There is a political settlement, which is agreed upon by the entire world, the UN Security Council, the International Court of Justice, World Court, by everyone, namely, a two state solution. An easy, straightforward solution.

LEZAMA: Just abide to the two state solution, and the conflict is eliminated? What about the idea that Gaza and the West Bank be contiguous?

CHOMSKY: That’s required!

LEZAMA: Right.

CHOMSKY: That is part of the Oslo agreement. The Oslo agreement stipulates explicitly that the West Bank and Gaza strip are a single territory. Ever since they signed the Oslo agreement, the United States and Israel have been dedicated to undermining them. The U.S. can violate law freely but it is never reported. Everybody else is too weak to do anything about it. The U.S. is just a rogue state.

LEZAMA: What should people in the U.S. be doing in response?

CHOMSKY: They should be breaking through the media and general doctrinal barriers to come to know what is going on. They should be helping people learn about this. I don’t have any secret sources of information. Everything I have said is public knowledge, but it is not known by anyone. The problem is self-censorship; the media just don’t report anything about it, and rarely do. There is just a tremendous amount of propaganda and indoctrination so people dont know what is going on. This is not the only case, but it is an important one. Everything I have just mentioned is straight on the public record. What activists ought to be doing is place this in the public’s attention.

LEZAMA: I think that has been done in college campuses in California, and elsewhere. It is a good way to circumvent the media, but then the move administrators make is to begin charging for use of these spaces. They essentially price out minority organizations. (For example, UC Davis now charges for usage of buildings.)

CHOMSKY: I know, and I’ve been following it. It is true, and I’ve spoken at universities in California. There is plenty of activism. Actually, it has changed a lot in the past four or five years. Just to illustrate, at UCLA back in 1985, I was invited to give philosophy lectures. I said ‘sure’, but the next day I got a call from campus police asking if they could have uniformed police accompany everywhere I went. I said ‘no’. The next day I saw police following me everywhere I went. They are not hard to detect in a philosophy seminar … I could not walk across from the faculty club to other parts of campus. The reason is that they had just picked up a lot of death threats. They don’t want someone killed on campus. I gave the talk at Royce Hall, the big campus hall, but it was airport security. One entry, everybody’s bag had to be checked. The next day there was a huge attack on the Daily Bruin. First of all, it was a huge attack on me, but also on the professor who invited me. In fact, there was an effort to take away the tenure of the professor who invited me. It was beaten back, but they tried. Well, that was back in 1985. I was back in UCLA maybe a year ago. There was a huge mob, very supportive, hard to get a critical word of what I was saying. That is a huge change. It changed because of student activism. It’s the kind of thing you asked about, you know, ‘what should people do?’.

LEZAMA: Would you say that the state of the country is reflected on campuses? So, if you get negative responses at a campus, you’ll get the same sort of thing happening in libraries?

CHOMSKY: Its the same thing. Yeah, I can give the talk in public meetings, libraries etc. The general atmosphere has just changed enormously. Even in my own university, MIT, if I was giving a talk on Israel-Palestine, up until maybe 10 years ago, I had to have police protection. Now, it is unheard of. There is just a big change. The same is true in the town that I live, Lexington, MA.

LEZAMA: That is odd because you would expect the exact opposite response from the public. Just consider the enormous amount of September 11 related propaganda.

CHOMSKY: Yeah, the propaganda is not as effective as it used to be. That is exactly why this IDF group (Stand With Us) has to go around campuses, trying to counter the support for Palestine. It is trying to reverse the change in general attitudes.

LEZAMA: Seems like this IDF group was strong enough to get a favorable response from the Regents. Did you hear of Yudof statements regarding anti-Semitism? It was completely false, but he felt he could say them.

CHOMSKY: That’s the board of trustees, or, whoever runs the place. But the actual mood on campus I’m sure is quite different.

LEZAMA: What do we make of those people? Even with this climate, all the positive things going for students, there are tuition hikes, hostile police etc. There are so many things happening on these campuses.

CHOMSKY: Yeah, but that’s true of anything. The same is true for the civil rights movement, the anti-war movement, and so on. You are not going to get support from the authorities!

LEZAMA: Would that then imply that the legislation in California requiring colleges clamp down on anti-semitic speech on campus is nullified by student activism?

CHOMSKY: Yeah, activism can change things.

LEZAMA: Ok, ok.

CHOMSKY: It has done it in plenty of cases. That is how activism works. Take the feminist movement, in the mid-1960’s, these feminists were being ridiculed, people called them fem-nazi’s, all sorts of things, but eventually they broke through in many respects.

LEZAMA: What do you think of the Caravan for Peace?

CHOMSKY: I think it’s important. I met Sicilia a couple months ago; he’s an impressive guy. Everything depends on how many people the message reaches. You can’t count on the media, but others can. In fact, all through Latin America, there is a major effort to decriminalize Marijuana, maybe more, but, at least, Marijuana. In Uruguay, they are instituting state production of Marijuana. In most of the hemisphere, there is a strong effort to decriminalize it. In fact, in the Cartagena meetings, the hemispheric meetings held a couple of months ago, the United States and Canada were totally isolated on that issue. Everyone wanted to move in that direction. The U.S. and Canada refused. In fact, my guess is that if there are ever hemispheric meetings, the U.S. will not attend. The U.S. has lost Latin America on a lot of issues. The reason is pretty obvious: they are the victims! The U.S. is responsible for both the demand and the supply, the supply of arms since the arms are coming in from the U.S. What is tearing Mexico to shreds are the arms coming in from Texas and Arizona. They are getting it at both ends. The United States is creating the demand and providing the supply of arms. They are the ones getting massacred and smashed up. All through the hemisphere, Colombia, Guatemala, Honduras, and Mexico, of course, where it is a disaster. Naturally, they want to get out of it, and the U.S. won’t do it. The Caravan could be a way of educating Americans about it.

RICARDO LEZAMA is a recent graduate of the University of California – at Davis.

Kashaya Language Documentation

In the summer of 2009, I participated in a6 week language documentation course as part of the Linguistic Society of America’s biannual Summer School, where the most engaged graduates (and undergraduates) meet and socialise to work on advanced topics in linguistic theory.

The linked work here is a reference to Berkeleys Language Archive where my field recordings, field transcripts and analysis of Kashaya are held. These notes were derived from working with Anita Silva, a native speaker of Kashaya, a language native to what is now called Santa Rosa, California because of colonisation.

She recently passed away. However, her work in documentation of her native language will have an impact for generations to come as efforts to revitalise languages through new native speakers continues.

ImageAI: Python Library For Recognizing Images

Ricardo Lezama — Image AI is an excellent, easy-to-use, Machine Learning wrapper that allows a python script to identify the dominant concept to describe an image. The developers are a group from a Facebook-backed outfit based in Nigeria. One of the principal developers is Moses Olafenwa, a founder of DeepQuest AI. Aside from this excellent python library, Olafenwa’s group develops AI servers for business applications.

Code Summary: ImageAI Predictions

In this summary, we will review the code examples here: https://github.com/OlafenwaMoses/ImageAI/tree/master/imageai/Prediction

Model Dependencies: ResNet

Aside from the libraries called through import statements, the more important dependencies for our test script using ImageAI’s python moduleare the different models that one can use to run a particular image against the model. In this particular example, we reference the RESNET model trained on ImageNet-1000 images. There is an annual competition in which various neural net models are compared against one another using the ImageNet libraries as a frame of reference.

ResNet is a model that uses ‘residual learning’ to create deeper learning.

According to the authors, ResNet “explicitly reformulate[s] the layers as learning residual functions with reference to the layer inputs, instead of learning unreferenced functions. We provide comprehensive empirical evidence showing that these residual networks are easier to optimize, and can gain accuracy from considerably increased depth.” 

Easy Ways To Interface

Instead of modifying the hardcoded line referencing an image, we modified the sample script to accept a simple command line argument. The script (posted originally here has been modified through the sys library. I just pass it in a command line argument.

Name the file “predicition.py”, then run the script (copy/paste) from wherever your image file is local and also resnet50_weights_tf_dim_ordering_tf_kernels.h5 is a Microsoft sponsored model developed by Kaiming He et al.

from imageai.Prediction import ImagePrediction
import sys

import os

prediction = ImagePrediction()
prediction.setModelTypeAsResNet()
prediction.setModelPath("resnet50_weights_tf_dim_ordering_tf_kernels.h5")
prediction.loadModel()


predictions, percentage_probabilities = prediction.predictImage(sys.argv[1], result_count=5)
for index in range(len(predictions)):
    
	print(predictions[index] , " : " , percentage_probabilities[index])

Intro To Linguistic Theory

Linguistics is the science of language as it relates to human cognition.

Metaphysical considerations on the properties of organic systems may seem far removed from the lower level details of language data, but the general idea is that the language faculty is ‘perfect’, has nearly exact properties that are recurrent and while not wholly describable by formal logic notation, better described by these systems than by statistical methods that try to mimic the process of predicting language competence.

Language As A Discrete Object

Human language is quirky relative to other organic systems because of its discrete properties, but infinite and principled variety. Language differs from other capacities, like the ability to recognise emotion in facial expressions (where a computer can outperform a human); it’s expressive power is provably infinite but human competence – the store of representative information concerning a given language – easily outperforms any computer model.

The core elements of human language are discrete too; there is no ‘half a sentence’ since at some level the stored model assigns an interpretation based on one whole interpretation of that linguistic element.

Objects in language are discrete and deterministic when their true meanings are clear to a speaker, but interesting ambiguities signal at varied interpretations. Their experiences are noisy and chaotic, but for the most part a restricted set of properties in the human mind define what a possible steady state for a human language.

Trends Within The Field: Stochastic vs Discrete Linguistics

Corpus Linguistics and Theoretical Linguistics have often been thought to be in opposition when investigating linguistic phenomena. They are often deemed as distinct ways to view the same object: competence of a linguistic system. However, each are better seen as valid, complementary approaches and distinct ways to model distinct performance and competence phenomena.

In theoretical linguistics, we’re concerned with the discrete study of linguistic competence. Several biological and psychological arguments premise the related questions of “what are the general conditions that the human language faculty should be expected to satisfy in order to execute a language?” and “how do these conditions define the language faculty”? The latter two questions, sourced from Howard Lasnik’s foreword in the Minimalist Program, are the domain of theoretical linguistics.

The broad characterisation of language in text, the sourcing, curation and stochastic analysis of a domain specific text is corpus linguistics, an analysis of language in the context of performance.

Computational Rules & The Lexicon

There is a firm partition between the functional and substantive parts of a language.

The substantive words are what are commonly called ‘nouns’, ‘verbs’ or ‘adjectives’. These elements describe the world, but their relations, nuance that is less salient but necessary for interpretation are relegated to the functional elements of language.

In computational linguistics, functional words are referred to as ‘stop words’, though the term can be given an application-specific definition used to cover high-frequency vocabulary that recurs within a corpus, but does not signal a topic in text. Without much of a definition, a function word tells you about how the substantive words relate.

Lexicon

A lexicon is a repository of word information.

The repository contains all the unprincipled details of a word that defines it uniquely relative to all other words.

In a lexicon, these unique details are idiosyncratic there is no in-depth explanation to why and how these details emerge. Rather, the details are assumed a priori under any theory of language.

Computational System

Any language can be represented as a set of principles instantiated with specific parameters. There are multiple modular components in such a system handling different cognitive tasks, like Semantic Interpretation or Grammatical Inference.

The semantic or interpretive module for a language is called it’s Logical Form (May 1977) while its Phonetic Form parallels this module in the spoken sense. Additionally, interfacing with both modules are grammatical principles or Deep Structure that essentially proves a language string is obeying the principles of that language.